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vendredi 4 janvier 2008

We feed the world: Le marché de la faim - Critique

We feed the world: le marché de la faim est un documentaire simple mais extrêmement efficace. Les deux principaux intervenants sont Jean Ziegler et Peter Brabeck. Le premier est rapporteur spécial de la Commission des Droits de l'homme de l'ONU pour le droit à l'alimentation, mais ce sociologue est aussi depuis longtemps un poil à gratter de la société suisse: on lui doit notamment quelques ouvrages polémiques sur le système bancaire helvétique. Le second est patron de l'entreprise Nestlé. "Il m'a d'abord dit non, car il pensait que Nestlé n'était pas concerné par le sujet du film", explique Erwin Wagenhofer, qui a ensuite eu l'idée d'aller à sa rencontre, sur son lieu de travail : "J'ai donc passé un coup de fil et j'ai annoncé au représentant de Nestlé que j'arrivais le lendemain et que je voulais le rencontrer face à face. Le fait que je me déplace personnellement a été décisif." Il note d'autre part: "J'ai fait le pari qu'à un moment ou à un autre, s'il parlait suffisamment longtemps, il se retrouverait en situation de dire des choses inhabituelles. Et mon pari a réussi."

We feed the world nous éclaire sur les ravages de la modernisation de l'industrie agroalimentaire, aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvre. We feed the world est un film avec un parti pris, bien évidemment. Mais je tends vraiment vers les idées d'Erwin Wagenhofer lorsqu'il nous montre les aberration créé par la mondialisation, le cercle vicieux économique. Il y a malheureusement tellement de choses à dénoncer et ce film ne fait qu'1h36...

Deux mentions spéciales :
- pour Peter Brabeck, P.D.G. de Nestlé International. D'un cynisme !
- pour Jean Ziegler, rapporteur auprès de l’O.N.U. sur le Droit à l’alimentation. "Étant donné l’état actuel de l’agriculture dans le monde, on sait qu’elle pourrait nourrir 12 milliards d’individus sans difficultés. Pour le dire autrement : tout enfant qui meurt actuellement de faim est, en réalité, assassiné."



En cadeau, une interview de Jean Ziegler dans l'émission la Matinale de Canal plus

jeudi 27 décembre 2007

Persopolis : lutte pour les libertés individuelles

Persepolis, premier film de Marjane Satrapi et de Vincent Paronnaud, est l'adaptation sur grand écran des quatre albums de bande dessinée homonymes écrits et dessinés par Marjane Satrapi. L'histoire de ces albums est directement inspirée de la jeunesse de la dessinatrice. Celle-ci avoue qu'au moment de l'écriture des livres, il a été difficile pour elle de se rappeler seize ans de vie, "avec tout ce que vous voulez forcément enfouir, oublier".

Marjane Satrapi n'a pas voulu faire une adaptation "fantaisiste". Elle voulait que cette histoire reste universelle. C'est pourquoi il a tout de suite été question de faire un film d'animation. "Avec les images réelles, ça devient tout de suite l'histoire de gens qui vivent loin, dans un pays étranger, qui ne sont pas comme nous. C'est au mieux une histoire exotique, et au pire une histoire de " tiers-mondiste " ! Si les albums ont aussi bien marché partout, c'est que l'abstraction du dessin - qui plus est, du dessin en noir et blanc - a permis à chacun de s'identifier totalement. Que ce soit en Chine, en Israël, au Chili, en Corée... Cette histoire est universelle."

Lorsque j'ai vu Persepolis, je suis resté sur le cul. Ce film est un chef d'oeuvre. Des dessins simples mais plein d'expressions. Des personnages humains, révoltés, et des situations révoltantes. Marjane est une enfant comme les autres avec une enfance pas comme les autres. Elle vit la révolution, elle vit la guerre, elle cotoie la mort. Marjane est une jeune fille comme les autres, elle drague, elle aime, elle pleure. Mais Marjane est une femme forte qui se bat pour rester intègre dans un pays où l'extrêmisme l'a emporté sur les libertés individuelles.

Persepolis a réussi à mêler en moi une montagne de sentiments pendant 95 minutes. Le rire, les larmes, la colère, la haine, voire un début de sentiments d'intolérance face à la dictature islamiste. Drôle, poignante, éducative et captivante, je ne peux que vous conseiller de voir Persepolis.


Synopsis :
Téhéran 1978 : Marjane, huit ans, songe à l'avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, particulièrement liée à sa grand-mère, elle suit avec exaltation les évènements qui vont mener à la révolution et provoquer la chute du régime du Chah.
Avec l'instauration de la République islamique débute le temps des "commissaires de la révolution" qui contrôlent tenues et comportements. Marjane qui doit porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire. Bientôt, la guerre contre l'Irak entraîne bombardements, privations, et disparitions de proches. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère.
Dans un contexte de plus en plus pénible, sa langue bien pendue et ses positions rebelles deviennent problématiques. Ses parents décident alors de l'envoyer en Autriche pour la protéger.
A Vienne, Marjane vit à quatorze ans sa deuxième révolution : l'adolescence, la liberté, les vertiges de l'amour mais aussi l'exil, la solitude et la différence.

jeudi 13 décembre 2007

The constant gardener - Critique

The constant gardener est l'adaptation cinématographique de La Constance du jardinier, un roman signé John Le Carré et publié à la fin de l'année 2000. Ce n'est pas une histoire vraie, mais cela pourrait l'être. Le roman est dédicacé à Yvette Pierpaoli, militante passionnée et bénévole infatigable. En 1999, Yvette Pierpaoli est tuée, à l'âge de 60 ans, ainsi que deux autres travailleurs bénévoles et leur chauffeur, dans un accident de voiture en Albanie.

L'histoire : Dans une région reculée du nord du Kenya, Tessa Quayle, une brillante avocate aussi militante que passionnée, est retrouvée sauvagement assassinée. Le médecin africain qui l'accompagnait est porté disparu, et tout porte à croire qu'il s'agit d'un crime passionnel.
Sandy Woodrow, Sir Bernard Pellegrin et les autres membres du Haut commissariat britannique s'imaginent que l'époux de Tessa, leur discret et modeste collègue, Justin Quayle, ne cherchera pas à prendre l'affaire en main. C'est bien mal le connaître...

The constant gardener nous présente les deux faces de l'Afrique. D'une part des personnes qui luttent pour la survie de ces peuples souvent affamés mais surtout exploités et trompés du fait de leur ignorance, bref les gentils. Et d'autre part le gouvernement, les laboratoires / lobby pharmaceutiques qui sont les menteurs, les trompeurs dans cette histoire. Une histoire qui doit refléter une réalité, si ce n'est la réalité.

Fernando Meirelles raconte : "je suis brésilien et nous fabriquons des médicaments génériques depuis quelques années et, lorsqu'on essaie de fabriquer des produits bon marché, équivalents de médicaments brevetés, on prend très vite conscience de la puissance sidérante du lobby de l'industrie pharmaceutique. J'ai lu pas mal de choses là-dessus ces dernières années - sur le site internet d'Oxfam par exemple - et je me suis rendu compte qu'un film pouvait être une bonne occasion de faire bouger les choses."

Le film est réalisé assez simplement mais avec beaucoup de justesse et d'émotion. On passe parfois un peu vite sur certaines explications, mais la force des images est omniprésente. J'ai été plus d'une fois pris d'une rage terrible en visionnant ce film. Notamment, la scène de l'avion vers la fin lorsqu'un membre de l'équipage - Jonah - oblige Justin Quayle (Ralph Fiennes) à abandonner une petite fille lors d'une attaque.

Jonah : Je suis désolé, je ne peux pas prendre la fille.
Justin Quayle : Je ne la laisse pas !
Jonah : Seulement les bénévoles...
Justin Quayle : Au diable le règlement (...) C'est la vie d'une enfant !
Jonah : Il y en a des milliers d'autres. Je ne peux pas faire d'exception pour elle
Justin Quayle : Mais c'en est une que l'on peut aider. Ici et maintenant !

Que faire dans des situations pareilles ? Aider ou non ?

mardi 11 décembre 2007

La liberté de la presse ne serait pas si importante

Selon une enquête réalisée pour la BBC, seul 56% des habitants de quatorze pays estiment que la liberté de la presse est importante pour garantir une société libre. De fortes inquiétudes quant à la concentration des médias remontent de cette enquête.

"Alors que les gens défendent en général la liberté des médias, la vision occidentale de la nécessité d'une presse libre pour garantir une société libre n'est pas universellement partagée dans toutes les régions du monde", a relevé Doug Miller, président de GlobeScan.

L'honnêteté des médias et l'exactitude des faits rapportés sont très critiqués dans les pays occidentaux (28% des Allemands considèrent que la performance de leurs médias en la matière est bonne, 29% au Royaume-Uni et 29% aux Etats-Unis) 56% des personnes interrogées ont estimé que la presse dans leur pays était libre de rapporter l'actualité sans être biaisée. Seulement 19% ont pensé qu'il y avait peu ou pas de liberté des médias dans leur pays.
Des inquiétudes se font ressentir quant à la concentration des médias : le nombre de groupes de presse se réduit. Une grande majorité des personnes interrogées au Brésil (80%), au Mexique (76%), aux Etats-Unis (74%) et au Royaume-Uni (71%) s'inquiètent notamment que l'opinion politique d'un propriétaire puisse influencer la ligne éditoriale des médias de son groupe.

Enquête réalisée par l'institut de sondage international GlobeScan sur un échatillon de 11.344 personnes dans quatorze pays (Allemagne, Afrique du sud, Brésil, Egypte, Emirats arabes unis, Etats-Unis, Inde, Kenya, Mexique, Nigeria, Royaume-Uni, Russie, Singapour et Venezuela) pour BBC world service qui fête ses 75 ans.

Mon avis sur la question : Tout le monde sait qu'il ne faut pas se fier au sondage. Que ce n'est qu'une simple photographie d'une opinion à un instant T. On pourrait même les comparer à une photo retouchée sous Photoshop dans le sens où les réponses peuvent être orientées par les questions et les résultats interprétés comme on le souhaite. C'est toute la magie des chiffres. En attendant, je suis inquiet. Inquiet car l'on pointe du doigt encore une fois un problème majeur : la concentration des médias et l'influence de la politique sur ce quatrième pouvoir. On sait que la politique et les journaux ont toujours eu des liens très serrés. Mais aujourd'hui, on ne s'en cache plus. Les patrons des grands groupes médias se montrent avec les politiciens et peuvent décider - ou du moins orienter - la ligne éditorial des journaux... C'est risqué.

Quel est votre avis sur la question ? Pensez-vous qu'il y a une vraie dérive ou juste une sorte de fausse transparence sur des faits déjà existants ?